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L’écoquartier LaVallée a été nommé ainsi en référence au fondateur de l’École Centrale, Alphonse LaVallée.
Eiffage

L’écoquartier LaVallée de Châtenay-Malabry
François DapillyResponsable de projet Innovations durables et coordinateur du programme de R & D E3S - Eiffage, Julien Van RompuChef de projets Recherche & Innovation - Eiffage Route, Julien SartheDirecteur de programme - Eiffage Aménagement – Semop Châtenay-Malabry Parc-Centrale, Valérie DioréPrésidente du directoire - Eiffage Aménagement - Semop Châtenay-Malabry Parc-Centrale, Pierre-Antoine JujardAnimateur Réglementation environnementale & Biodiversité - Eiffage Immobilier/ Eiffage Aménagement, Franck FaucheuxDirecteur du Développement commercial, Relations institutionnelles et Stratégie bas carbone - Eiffage Construction Grand-Ouest

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Dans le cadre de la réponse au concours pour l’écoquartier LaVallée à Châtenay-Malabry, Eiffage Aménagement a pris en compte le risque d'îlots de chaleur urbains et a étendu la réflexion sur l’ensemble de la zone d’aménagement, avec une stratégie de rafraîchissement à l’échelle du quartier : utilisation de la canopée arbustive, arborée et végétative, usage de l’eau et analyse de l’albédo des matériaux au sol.

La lutte contre les îlots de chaleur urbains (ICU) est devenue un sujet de préoccupation récurrent pour les villes, conscientes que ce phénomène, couplé aux pics de chaleur l’été, risque d’être plus fréquent et extrême à l’avenir. Elles souhaitent donc de plus en plus transformer leurs espaces urbains en « îlots ou parcours de fraîcheur ». Pour cela, il faut rompre avec la vision d’une ville à grandes surfaces étanches et dénuée de végétation, qui génère des problèmes en matière d’environnement et de santé publique :

  • fortes chaleurs même la nuit provoquant inconfort et malaises, surtout pour les plus vulnérables (ICU) ;
  • imperméabilisation des sols empêchant l’infiltration des eaux de pluie et contribuant ainsi aux inondations ;
  • mauvaise qualité de l’air.

Changement climatique et îlot de fraîcheur

Il s’agit de penser l’espace public comme un équilibre à assurer entre place de la végétation, pleine terre, place de l’eau et revêtements (clairs et drainants). Mais quelle réalité cette attente prend-elle aujourd’hui dans les cahiers de prescriptions architecturales, urbaines, paysagères et environnementales (CPAUPE) des projets urbains ? Qui en est le chef de fil : l’urbaniste, le paysagiste ou l’assistant à maîtrise d’ouvrage développement durable (AMODD) ? Existe-t-il déjà des outils pour sensibiliser, voire guider les concepteurs des espaces extérieurs pour en faire des îlots de fraîcheur analysés d’un point de vue esthétique, mais aussi en fonction des services « écosystémiques » environnementaux, économiques et sociaux qu’ils doivent désormais rendre ?

Vers un nouvel exercice de l’aménagement urbain

Les concepteurs doivent redonner une place aux cœurs d’îlots qui contribueront à améliorer la qualité de vie non seulement de ceux qui fréquentent les bâtiments, mais aussi des résidents du quartier qui l’entourent en période de canicule. Pour y arriver, les composantes environnementales et urbaines doivent être analysées au même titre que les besoins fonctionnels, afin de saisir toutes les opportunités qu’offre la démarche d’îlot de fraîcheur. L’objectif d’une telle approche est de multiplier les retombées des investissements et des efforts consentis, en offrant des bénéfices aussi bien environnementaux que sociaux pour le quartier.

Ainsi, les cœurs d’îlots et les espaces publics passent obligatoirement par une expertise environnementale et urbaine : au-delà du simple projet de plantation de végétaux, la démarche prévoit le ralliement de l’ensemble des acteurs autour d’un objectif commun, ce qui est essentiel aux changements structurels nécessaires dans l’aménagement des espaces extérieurs.

Un terrain d’application : l’écoquartier LaVallée à Châtenay-Malabry

Le CPAUPE de la zone d’aménagement concerté (ZAC), coproduit par l’urbaniste François Leclercq Associés, le paysagiste BASE et l’AMODD Even Conseil, sous la direction d'une Semop constituée à 50% d'Eiffage Aménagement, à 34% de la Ville de Châtenay-Malabry et à 16% de la CDC, a exprimé la volonté de construire un quartier résolument axé sur la nature. Le CPAUPE s’impose aux concepteurs des différents lots du quartier LaVallée de Châtenay-Malabry dans le projet de conception des espaces extérieurs pour en faire des îlots de fraîcheur. Les principes de conception des espaces extérieurs sont analysés d’un point de vue esthétique, environnemental, économique et social par l’AMODD.

Le partenariat de recherche-actions E3S entre Eiffage et l'université Gustave Eiffel a ainsi enclenché une analyse des composantes environnementales et urbaines ainsi que des besoins fonctionnels, afin de saisir toutes les opportunités qu’offre la démarche d’îlot de fraîcheur. L’objectif d’une telle approche est d'augmenter les connaissances scientifiques de cette thématique et de multiplier les retombées des investissements et des efforts consentis, en offrant des bénéfices environnementaux tels que :

  • la réduction de la chaleur ;
  • l’amélioration de la qualité de l’air ;
  • les bénéfices sociaux pour le quartier.

Éléments nécessaires pour créer un îlot de fraîcheur

L’eau

Les logiques de ruissellement, de rétention et d’infiltration, si elles sont des éléments incontournables de la lutte contre les ICU, se révèlent aussi nécessaires à l’amélioration globale du système d’assainissement et à l’atteinte des objectifs qui seront définis dans le futur zonage pluvial.

L’arrosage des revêtements de sol peut être envisagé pour rafraîchir l’air. L’arrosage devrait être pensé avec des systèmes intégrés aux revêtements et/ou grâce aux agents municipaux à l’aide des bouches de lavage du réseau d’eau non potable. L’arrosage par camions et autres bennes doit être proscrit (pollution, dégagement de chaleur...) et être remplacé par d’autres solutions : mur d’eau, noues paysagères, brumisateurs, humidification des chaussées, fontaines, plan d’eau et miroir d’eau.

La végétation

L’évapotranspiration des espèces végétales permet un refroidissement de la température de l’air. Il faut donc maximiser la présence du végétal en ville au niveau des bâtiments (façades, toitures) et de l’espace public (voiries, trottoirs, parcs…).

L’arbre est un excellent « climatiseur urbain » car il apporte de l’ombrage en plus de l’évapotranspiration.

Il est à noter que si la végétation est en stress hydrique, le mécanisme d’évapotranspiration ne peut pas fonctionner. Il faut donc sélectionner une palette végétale adaptée aux conditions locales et prévoir un dispositif d’arrosage en cas de stress hydrique (avec une gestion raisonnée de la ressource en eau).

L’ombre

L’ombrage a deux effets :

  • Un effet direct : les personnes étant à l’abri des rayonnements solaires, la température ressentie diminue.
  • Un effet indirect : le sol lui-même stocke moins de chaleur, donc il en restitue moins dans l’air la nuit (diminution de l’effet d’ICU).

Les matériaux

Tous les matériaux de la ville sont concernés : façades, sols, mobiliers urbains, toitures. Il convient de privilégier les matériaux clairs pour réfléchir le rayonnement solaire et éviter l’absorption de chaleur.

La végétation de surface (espaces en pleine terre, pelouses, friches végétales…) reste la réponse la plus efficiente pour la régulation climatique d’une ville par rapport à des revêtements classiques. Mais si le revêtement de surface est indispensable, mieux vaut choisir des revêtements ayant des propriétés climatiques proches de celles des surfaces végétalisées : revêtements clairs et/ou drainants ou encore revêtements « mixtes » acceptant la végétation. La couleur des revêtements doit faire l’objet d’un choix de la part des concepteurs. Si les revêtements clairs sont climatiquement intéressants, ils sont souvent perçus comme trop réfléchissants. Un compromis entre confort visuel et agrément climatique devra par exemple être étudié par le concepteur de la cour de l’école.

L’eau, la végétation, l’ombre, les revêtements clairs et drainants ainsi que la pleine terre font partie des préconisations inscrites dans le CPAUPE de la ZAC. En ce sens, l’ensemble des concepteurs ont été appelés à concevoir les cœurs d’îlots et les espaces publics comme des « îlots de fraîcheur ».

Aménagement, urbanisation et ZAN
Les aménageurs peuvent lutter contre l’artificialisation sous réserve qu’ils puissent s’appuyer sur une volonté politique, une stratégie, de l’ingénierie et surtout des financements (en particulier des établissements publics financiers). S’il n’existe aucune méthode miracle au paradoxe entre recyclage, restauration de milieu et production de logements abordables, les retours d’expériences de certains projets d’aménagement ont permis à Eiffage de clarifier les points de vigilance et d’insister sur l’importance d’une cohérence, d’un raisonnement à grande échelle afin de porter au mieux des projets de renaturation.

Le rôle d’un aménageur est d’accompagner l’élu dans un paradoxe apparent : celui de répondre aux demandes de logement pour accueillir les populations et, depuis la loi Solidarité et Renouvellement urbain (SRU – 2000), de ne plus empiéter sur les terres agricoles ni les milieux naturels.

Si cela insinue de faire la ville sur la ville, de participer à la mutation des espaces déjà urbanisés et de densifier les zones finalement vides, un nouveau défi s’ajoute au renouvellement urbain : celui de créer de réels espaces verts dans ces mêmes zones urbaines. Ce défi porte un nom depuis peu : la non-artificialisation ou le « zéro-artificialisation nette » (ZAN).

La densification semble être la solution irrémédiable à l’urbanisation. C’est pourquoi le génie du renouvellement urbain est l’une des clés pour parvenir à l’objectif de ZAN. Dans cette perspective, tous les acteurs et métiers de la chaîne de l’aménagement du territoire sont cruciaux.

L’atteinte des objectifs dépendra de l’engagement des parties publiques, mais aussi de la force de proposition de l’équipe d’aménagement. Des recherches architecturales et paysagères doivent donc être menées et testées pour trouver des solutions d’optimisation pertinentes, fonctionnelles, mais aussi vivables. Les solutions peuvent se trouver dans la morphologie du bâti et ce qu’on appelle les formes urbaines, mais aussi dans l’agencement et la composition des cheminements et dessertes autour, dont les espaces verts notamment. Le ZAN devra sans doute s’accompagner d’une évolution des usages et des mentalités, mais surtout des habitudes.

L’urbanisation doit inclure une réflexion sur la place du végétal et des sols pour faire des espaces non construits et des espaces ouverts urbains des espaces à caractère naturel. L’urbanisation n’empêche pas la place de la nature, même sur des espaces dénaturés depuis des décennies. Il s’agit bien de renaturer localement et non de compenser ailleurs, d’imposer aux programmistes la définition des besoins de nature pour chaque projet, grâce à un travail de conception des architectes, des paysagistes et des spécialistes de la biodiversité, avec le leitmotiv des sols : artificialiser le moins possible. En végétalisant fortement, on se garantit contre la sécheresse. Avec les sols les plus libres possibles, on stocke de l’eau, que l’on utilise pendant les périodes caniculaires.

Soutien de la recherche

Martin Hendel, chercheur au sein de l’université Gustave Eiffel, et ses équipes proposent d’aborder la question des îlots de chaleur ou de fraîcheur sous une perspective élargie qui inclurait à la fois :

  • Des questions directement physiques, techniques et mesurables qui relèvent de :
    - la thermique d’été, en activant les propriétés des matériaux tels que l’albédo et l’inertie, la présence de l’eau et de la végétation, l’imperméabilité des sols, l’aéraulique urbaine ;
    la thermique d’hiver.
  • Des questions de morphologie urbaine :
    orientation, compacité, masques et ombres portés ;
    porosité, protection (au soleil, vent, pluie) ;
    modularité des solutions, évolutivité, flexibilité : interaction entre bâtiment et espace public.
  • Des questions de l’ordre de l’usage :
    appropriation des espaces par les employés des entreprises du quartier et les habitants, équipements mobiliers et aménagements mutualisés, temporalités différentes ;
    limites et potentialités de la coconstruction de l’espace public avec les usagers (en fonction des saisons, jardinage, mobilier, jeux…).

L’objectif est d’étudier des dispositifs architecturaux et urbains concrets permettant de mitiger les conditions microclimatiques en été comme en hiver.

Martin Hendel propose de concevoir des modèles et des prototypes susceptibles de contribuer à inverser la perception négative du terme îlot de chaleur, aujourd’hui utilisé exclusivement avec une acception négative. Ces dispositifs en toute saison contribueront à maximiser l’usage de l’espace public. Les solutions imaginées pourront être expérimentés dans le nouveau quartier à Chatenay-Malabry et ensuite essaimer dans d’autres contextes.

Par ailleurs, les équipes de recherche travailleront sur la cartographie du parcours de fraîcheur de l’écoquartier, afin d’identifier :

  • les parcours au sein du quartier (espaces publics) limitant l’exposition des piétons aux fortes chaleurs ;
  • au fil de la conception du quartier, les zones (publiques et/ou privées) pour lesquelles des actions correctives adossées à l’utilisation de l’eau seraient nécessaires.

Ce travail s’appuie sur une analyse géographique du quartier, établi à partir de plusieurs jeux de données (plan masse des parcs, bâtiments, etc., plan 3D du quartier, canopée arbustive-arborée/végétative, données socio-économiques si disponible…). L’analyse se base sur l’évaluation du potentiel de rafraîchissement et du niveau d’accumulation de chaleur des espaces ciblés ainsi que du risque canicule qui tient compte notamment de l’aléa climatique, de l’exposition et de la vulnérabilité des piétons.

Revêtements de sols et îlots de fraîcheur
De fait de leur albédo peu élevé, les revêtements de chaussée traditionnels en enrobés bitumineux contribuent fortement au phénomène d’îlots de chaleur urbains (ICU). En effet, ils absorbent une grande partie du rayonnement lumineux qu’ils reçoivent, ce qui se traduit par une élévation importante de leur température comparée à l’air ambiant. En période de canicule, cette chaleur emmagasinée pendant la journée est réémise en soirée au moment où la température est censée redescendre, ce qui génère de l’inconfort thermique pour les riverains.

Le groupe Eiffage est particulièrement impliqué sur la thématique du traitement des ICU, qui est devenu une problématique majeure pour ses partenaires maîtres d’ouvrage. Les solutions d’îlots et de parcours de fraîcheur développées associent des revêtements clairs à l’albédo amélioré à des vecteurs naturels de rafraîchissement tels que l’eau (conception de revêtements poreux, dispositifs d’humidification) et la végétation.

L’efficacité de tels revêtements à traiter le phénomène d’ICU est évaluée par le bais d’expérimentations réalisées sur un démonstrateur d’îlot de fraîcheur urbain construit sur le site de l’agence Eiffage Route de Hyères (Var). Ces essais sont conduits dans le cadre de la thèse de doctorat de Maxime Frère, réalisée au Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain (LIED) de l’université Paris Diderot, et cofinancée par Eiffage Route et Eiffage Aménagement.

Le démonstrateur est constitué du revêtement à tester d’une surface de 100 m2, d’un système de mise en eau (mur d’eau + caniveau à débordement) et d’une station météorologique comprenant différents types de capteurs (sondes de température, hygromètre, anémomètre). Une station de référence, identique à celle de l’étude, est disposée sur le parking de l’agence.

L’étude microclimatique réalisée consiste à évaluer les différences de température obtenues entre les stations d’étude et de référence afin de quantifier le rafraîchissement obtenu avec un revêtement clair drainant soumis à des cycles de mise en eau réguliers. Au préalable, on réalise des mesures de température dans la configuration d’origine du démonstrateur (revêtement conventionnel en enrobé noir sans arrosage) que l’on compare à celles de la station de référence afin de construire un intervalle de confiance, en deçà duquel les écarts de température entre les deux stations ne peuvent être considérés comme statistiquement significatifs.

L’étude microclimatique s’appuie sur la moyenne journalière de mesures réalisées sur une dizaine de jours représentatifs (jours radiatifs, sans vent). Les résultats sont exprimés en UTCI (Universal Thermal Climate Index), une température ressentie tenant compte de différents facteurs (température ambiante, vitesse du vent, l’humidité relative...) et quantifiant le confort thermique d’un individu.

Les résultats pour le revêtement clair drainant sont représentés sur la figure ci-contre. L’effet maximum, très important (-6,1 °C), est obtenu vers 18h. Un autre pic d’effet, de l’ordre de -5 °C, est obtenu aux alentours de midi. Une analyse des résultats indique que ces pics sont dus aux ombres portées à certaines heures de la journée par les arbres plantés aux alentours du démonstrateur sur la station météo. Il s’agit donc d’artefacts expérimentaux mais qui attirent l’attention sur les effets importants d’un couplage entre dispositifs actifs et végétation, qui génère effets d’ombrage et évapotranspiration. Sur l’ensemble d’une journée, l’effet moyen est d’environ -3 °C. On note que des effets de rafraîchissement sont également obtenus la nuit alors que les cycles d’arrosage ne sont plus opérationnels. Cela peut être attribué à la porosité du revêtement qui stocke une partie de l’eau d’arrosage et permet d’obtenir un effet résiduel non négligeable.

Les principes issus de ces travaux scientifiques seront appliqués dans le cadre de l’aménagement de l’écoquartier LaVallée pour la conception de parcours de fraîcheur associant revêtements optimisés, gestion de l’eau et végétalisation au sein de solutions systémiques. Les données fournies par un système de monitoring, qui aidera à évaluer l’efficacité de ces solutions dans un contexte opérationnel, seront également analysées durant la thèse.

Adaptation au changement climatique et écoquartiers

La lutte contre le changement climatique fait aujourd’hui évoluer la fabrique de la ville dont les écoquartiers restent les figures de proue. Si l’on constate aisément la mise en place de stratégies d’atténuation, notamment via les bilans carbone et énergétiques, les stratégies d’adaptation au changement climatique sont plus difficiles à observer. Cette absence apparente interroge sur la capacité des écoquartiers à développer des réponses adaptatives face aux conséquences déjà présentes du changement climatique.

La lutte contre le changement climatique est divisée en trois catégories de stratégie :

  • l’atténuation pour lutter à long terme contre le changement climatique surtout via la baisse des émissions des gaz à effet de serre (GES) ;
  • la compensation qui finance des projets bas carbone pour diminuer le bilan de certaines activités émettrices de GES ;
  • l’adaptation qui cherche à faire face aux effets, désormais inévitables, du changement climatique.

Les villes sont au cœur de ces problématiques puisque, pour seulement 2,7 % des terres émergées du globe, elles concentrent 55 % de la population mondiale et 70 % des émissions de GES. Cet environnement urbain ne fait pas qu’émettre des GES qui accélèrent l’emballement climatique : il exacerbe aussi localement les conséquences du changement climatique pour les habitants.

Les écoquartiers représentent encore aujourd’hui des terrains d’expérimentation de construction de la ville durable qui doit apporter des solutions à la lutte contre le changement climatique. Contrairement à l’atténuation, l’adaptation n’est pas mesurable avec quelques outils génériques transposables à tous les contextes, car les conséquences du changement climatique sont spécifiques à chaque territoire. Ainsi, il n’est pas surprenant de constater une surreprésentation des mesures d’atténuation dans les écoquartiers, contrairement aux mesures adaptatives.

La question qu’il convient dès lors de se poser peut se formuler ainsi : en quoi les écoquartiers prennent-ils en compte la question complexe de l’adaptation au changement climatique dans le contexte de la ville durable ? Une vision complémentaire de l’adaptation et de la capacité d’adaptation pour faire émerger de nouvelles manières de concevoir les projets urbains.

C’est en ce sens qu’Eiffage a permis à la formation continue POCA (post carbone) de l’école d’architecture de Marne-la-Vallée de réaliser une étude sur les îlots de chaleur urbains (ICU) en prenant comme cas d’école l’écoquartier LaVallée. Cette étude, intégrée dans le programme de recherche E3S, est pilotée par François Dapilly.

Travail méthodologique et test qualitatif

Le document final de l’étude développe :

  • Une méthode d’analyse qualitative de plans masse et de formes urbaines au regard de la résilience des territoires aux canicules. Cette partie générique, très aboutie, illustrée et pédagogique, pourra aussi se décliner en méthode interne d’évaluation des projets d’aménagement.
  • Une application sur le dessin urbain de LaVallée et les premiers éléments de la phase 1 (les phases 2 et 3 n’étant pas encore conçues).

Point de vigilance sur les espaces minéralisés

Le rapport, qui reste une analyse qualitative, pointe la qualité des cœurs d’îlots (verts et avec de la pleine terre sauvegardée). En effet, l’étude salue les nouveaux espaces paysagers, comparés aux grandes pelouses de l’École Centrale, qui constituaient des espaces pauvres en biodiversité. La gestion de l’eau est elle aussi efficace à l’échelle du quartier. Mais parmi les alertes, sont mis en évidence les places et les espaces publics, minéraux du fait même de leur usage.

Cette étude montre que tous les espaces liés à la circulation sont des espaces demain vulnérables en temps de canicule, sans solution actuellement évidente en termes «d’adaptation » sinon de conseiller d’éviter ces espaces sous la chaleur.

La conclusion du travail s’ouvre sur une proposition d’évolution du quartier entre 2022 et 2050 avec des renversements d’usage, notamment des sous-sols qui peuvent devenir des zones de refuge d’ici là.

Trop d’espaces commerciaux ou dédiés à la circulation automobile

Sur la place LaVallée ou le cours du Commerce, on retrouve une conception classique très minérale, avec des fosses de plantation discontinues. Le corridor biologique que devait constituer la promenade plantée, comme connexion entre le parc de Sceaux et la Coulée verte, présente finalement un aspect très artificiel : succession de bassins séparés par des traversées (routières ou piétonnes) massives qui brisent la trame brune du sol, mais qui contribuent à la gestion à ciel ouvert de l'eau.

On a ici l’expression d’une vision cadrée et propre de la nature, une vision « résolument urbaine » de ce qui aurait pu être l’occasion d’une vraie trame verte et bleue, par endroits laissée inaccessible, et propre à accueillir une biodiversité plus riche, comme c'est le cas sur la zone humide à l'ouest de la promenade plantée.

L’alerte relative à la végétalisation trouve sa réponse dans les grands sujets végétaux des espaces publics et notamment dans la promenade plantée, qui constitue une protection contre le rayonnement en été. Des simulations des ombres portées ont entretemps été réalisées par le paysagiste BASE.

Confrontation entre les usages urbains et la lutte contre les îlots de chaleur

La qualité urbaine des espaces publics est à considérer au regard du risque chaleur. La place LaVallée au sud est exposée à l’ensoleillement au mois d’août. Le cours du Commerce est résolument urbain, minéral, mais avec des fosses de plantation discontinues. Large et orientée est-ouest, la promenade plantée reçoit des apports solaires importants, mais cette alerte relative trouve sa réponse dans les grands sujets végétaux dans la conception des bassins, qui constituent une protection contre le rayonnement en été. Des simulations des ombres portées ont même été réalisées par le paysagiste BASE. Les autres espaces sont protégés. Les deux voies principales du projet bénéficient donc de plusieurs zones à l’abri de l’ensoleillement estival. De même, les cœurs d’îlots présentent toujours des zones abritées du soleil.

L’alerte faite sur les places et le cours du Commerce est connue. Leur fonction urbaine et la connexion avec le grand territoire (orientation nord-sud du cours du Commerce) sont affirmées par la ville et l’aménageur. Il convient toutefois d’imaginer des solutions temporaires à déployer en période de canicule. Cela pourrait même faire l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt.

L’albédo des revêtements de chaussées

Les sols de l’espace public sont constitués majoritairement de trois matériaux :

  • pavé granit pour le cours du Commerce et les places (albédo de 0,30) ;
  • béton clair pour le reste des espaces piétons (albédo de 0,35) ;
  • enrobé sur les routes (albédo de 0,1).

Le croisement des cartes d’ensoleillement avec celle des albédos renseigne sur la quantité d’énergie captée par les surfaces au sol du projet. Les routes à l’ouest sont naturellement exposées à des échauffements intenses en été, parce qu’elles ne profitent pas de masque comme les places.

 

Contre les ICU : la mobilité et l’urbanisme circulaire

Pour répondre à ces problématiques, la stratégie à adopter est finalement celle de la sobriété : l’énergie qui n’est pas consommée ne produit pas de chaleur. De nombreuses économies peuvent être faites pour limiter les émissions de la ville.

Tout d’abord, se déplacer différemment : pour limiter les émissions (de chaleur et de CO2), le partage des mobilités est un premier point indispensable : location/prêt de voitures, transports en commun et covoiturage doivent prendre la place de la voiture individuelle. Mais il est aussi primordial de faciliter l’usage de mobilités douces. Le vélo et la marche sont encouragés par un espace public qui offre des circulations et des stationnements sécurisés.

Ensuite, se déplacer moins : que ce soit l’usager ou la matière. L’économie circulaire limite le transport de marchandises, tandis que la mixité programmatique diminue les déplacements logement-travail.

Enfin, la ville frugale met en place des stratégies pour limiter la consommation d’énergie et de chauffage par des systèmes passifs, provenant de sources renouvelables, de l’énergie fatale d’autres installations ou d’un réseau de chaleur urbain.

Conclusion

Les conclusions sur les recherches et les actions mises en œuvre sur l’écoquartier LaVallée sont riches d’enseignement sur la méthodologie d’analyse nécessaire pour anticiper le comportement des espaces publics sous fortes chaleurs. La performance microclimatique réelle des parcours fraîcheurs pourra ensuite être évaluée in situ par des campagnes de mesures mobiles. Néanmoins, cette analyse se confronte souvent à des limites : les espaces qui chauffent sont souvent des espaces indispensables à la vie en commun (places) et à la mobilité (routes) qui sont au cœur de l’animation de la ville. Eiffage Route expérimente des solutions d’îlots de fraîcheur déployés à Hyères qui font notamment appel à un usage de l’eau. Les performances thermiques, hydrodynamiques et microclimatiques du concept seront évaluées en laboratoire et in situ. Des résultats à croiser demain avec une place à (re)donner aux végétaux en ville et le retour de pratiques anciennes comme l’arrosage des sols.

 

 

Revue RGRA